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L'impression 3D enseignée à l'Académie d'Art Dentaire de Paris

Le secteur dentaire est dans une phase de mutation numérique depuis plusieurs années. Pour former les prothésistes à cette nouvelle réalité du métier, l’Académie d’Art Dentaire a choisi d’intégrer les nouvelles technologies dans ses formations, et notamment des imprimantes 3D SLA Form 2. L’Académie dispose de quatre campus (Paris/Montrouge, Lyon, Aix/Marseille et Bordeaux) qui accueillent 450 étudiants. Près d’un tiers des diplômés de France sortent de ses écoles.
Nous avons eu le plaisir d’interviewer Madame Éléonore Capdevielle, directrice adjointe de l’Académie d’Art Dentaire de Paris, pour en savoir plus sur l’intégration des nouvelles technologies dans l’enseignement du dentaire.

Quand avez-vous décidé d’intégrer les nouvelles technologies au sein de votre Académie ?

Nous avons commencé à nous équiper en imprimantes 3D cette année. Nous étions déjà équipés de systèmes CFAO depuis bien longtemps car nous suivions le référentiel de l’Académie, mais nous avons voulu aller plus loin car le métier et les matériaux employés évoluent énormément. Mme Isabelle Dutel, qui est la fondatrice de l’école et le Meilleur Ouvrier de France, a toujours voulu que nous soyons à la pointe de la technologie. Elle a souhaité intégrer les imprimantes 3D, les nouveaux logiciels de conception, etc. C’est ainsi que nous avons découvert la Form 2 et que nous avons pu l’intégrer complètement dans nos formations.

D’où est venue cette nécessité d’intégrer les nouvelles technologies dans vos formations en prothèse dentaire ?

Aujourd’hui, la plupart des s’équipent d’autres systèmes et de nouveaux matériaux. Nous avons bien constaté que pour proposer des produits intéressants, et pour que nos étudiants soient aptes à collaborer avec ces praticiens, il leur fallait se familiariser avec ces nouveaux outils.
Lorsque nous regardons les enquêtes métier nous voyons bien que la CFAO notamment l’impression 3D est de plus en plus présente et nécessaire aujourd’hui dans les laboratoires et nous avons voulu coller le mieux possible à la réalité en mettant dans notre pédagogie globale toutes les solutions numériques. Il faut être en adéquation avec la mutation des outils de fabrication.
Il ne faut pas oublier que nous avons des formations initiales pour nos élèves, mais nous faisons aussi énormément de formations continues pour des prothésistes qui sont déjà en exercice. Nous leur proposons des sessions de formation consacrées à la CFAO. Nous utilisons pour cela InLab CAD/CAM de chez Sirona et la Form 2. Cette imprimante 3D est donc pour nous un maillon indispensable dans le flux numérique. L’impression 3D est devenue la réalité du métier. Sans l’impression 3D, on reçoit une empreinte qu’il faut couler en plâtre, réaliser une sculpture ou un maquettage en cire, enlever les … et le mettre dans un moule réfractaire, le faire passer au four à 800 degrés dans lequel on va injecter de l’ADH. C’est un processus assez long et coûteux en matériaux. Alors qu’avec l’impression 3D on fait une conception virtuelle qui nous fait gagner un temps considérable sur la première phase de création de la prothèse.
Qu’est-ce qui a motivé votre choix d’une imprimante 3D Formlabs ?
Il y a deux ans de cela, j’avais fait la demande d’un échantillon pour me faire ma propre idée du niveau de détail, de finition et de la qualité d’impression qui sont absolument essentiels dans le secteur dentaire. J’ai été agréablement surprise au vu du prix de cette imprimante 3D. Elle présente de nombreux avantages par rapport à d’autres imprimantes 3D, notamment sur l’utilisation du logiciel qui est très simple et elle a une précision d’ajustage qui convient parfaitement aux exigences du domaine dentaire. En novembre 2016, nous avons acheté une première Form 2 pour le campus de Paris, afin de voir comment elle fonctionnait et comment se passait la prise en main. Comme nous avons été satisfaits, nous avons décidé d’en commander pour nos autres campus. Ainsi nous aurons une imprimante 3D dans chaque académie à la rentrée 2017.

Comment ont réagi vos étudiants la première fois qu’ils ont vu la Form 2 ?

Ils étaient très contents, bien qu’un peu craintifs sur l’utilisation par peur de mal faire. Puis ils se sont aperçu que ça marchait relativement facilement, que les pièces qu’ils arrivaient à sortir étaient vraiment correctes et ce très rapidement. Dès l’instant où ils arrivent à concevoir, il est très facile d’envoyer le fichier .STL en impression. La mise en place a été très rapide, du coup je suis allée installer les autres Form 2 sur les trois autres campus et j’ai pu les présenter aux élèves.

Vous disiez être familiers de la CFAO depuis des années… L'arrivée de l’impression 3D dans l'Académie a-t-elle changé quelque chose sur ce plan-là ?

Avant nous avions des logiciels CFAO assez lourds et complexes, avec lesquels il était fastidieux de travailler au quotidien. Depuis 2 ans nous avons de nouveaux outils beaucoup plus simples d’utilisation, rapides, interopérables et avec de très bons résultats. Et l’imprimante 3D s’est révélée essentielle dans le flux numérique. Comme nous collaborons avec l’hôpital de la Salpêtrière et que nous sommes partenaires de la faculté dentaire Garancière, je reçois des empreintes optiques prises par les caméras. À partir de là, je réalise le travail de conception puis l’usinage. L’imprimante 3D m’a permis de pouvoir imprimer les modèles qui nous servirons à faire un contrôle de la prothèse réalisée. Cela est très pratique quand on sait qu’il y a des patients derrière et que l’on veut le plus d’exactitude possible.

Quels matériaux utilisez-vous et pour quelles réalisations ?

Nous n’imprimons pas qu’à titre de vérification, nous faisons aussi de la fabrication. Nous avons la résine Calcinable que nous moulons pour faire des châssis métalliques, des chapes, des couronnes et des bridges. J’utilise également la résine Grise et la Blanche pour faire des modèles de porte-empreintes individuels, des gouttières, etc. On utilise aussi ces matériaux pour des réalisations plus personnelles. Nous avons des étudiants qui ont voulu imprimer des figurines, ce qui est bien car ils apprennent à se servir de l’imprimante 3D en dehors du dentaire. Ils comprennent le système d’impression, le post-traitement, etc.

Modèle dentaire imprimé en 3D
Modèle d'outil dentaire imprimé sur la Form 2

Comment avez-vous intégré l’impression 3D dans vos formations ?

Nous avons dû créer de nouveaux cours parce que l’impression 3D n’était pas spécifiée dans le référentiel. J’ai donc dû me renseigner pour en savoir plus sur l’impression 3D en général. Nous avons aussi dû repenser les cours de CFAO en partant du flux numérique continu, des empreintes optiques, des outils de conception et des outils de fabrication.
Un cours type commence toujours en salle de théorie. Les étudiants vont d’abord en cours pour qu’on leur apprenne en quoi consiste l’impression 3D, leur rappeler l’historique, les matériaux et les applications, etc. Puis l’on passe à la partie pratique où ils vont d’abord faire une conception puis on leur montre sur le logiciel PreForm comment ils peuvent lancer directement une impression. Cela se fait très rapidement, une fois qu’on les a lancés ils sont quasiment autonomes là-dessus. Toutes les classes sont formées à la CFAO et à l’impression 3D. Pour les formations continues aussi, l’intégration de l’imprimante 3D s’est faite très facilement : on a très vite pu imprimer des châssis, des chapes et des couronnes.

Modèle dentaire 3D sur le logiciel PreForm
Les modèles sont réalisés sur ordinateurs puis importés sur Preform pour les préparer à l'impression.

Vos étudiants ont l’air très enthousiastes de cette expérience. Qu’en est-il de vos enseignants ?

À Paris c’est moi qui suis en charge de la CFAO ; les enseignants des quatre campus sont formés. J’ai formé les campus d’Aix et Bordeaux, qui désormais sont quasiment autonomes. Le campus de Lyon, quant à lui, travaille avec une personne qui est déjà équipée dans son laboratoire. C’est un professionnel qui intervient pour faire les cours. Donc en globalité, sur tous les campus, des enseignants savent utiliser correctement la Form 2.

Avez-vous d’autres ambitions pour l’Académie d’Art Dentaire aujourd’hui, notamment en ce qui concerne la CFAO ?

Oui, puisque nous sortons un nouveau diplôme BAC+ 3 Bachelor CFAO double diplôme en partenariat avec l’ISC (Institut Supérieur de Commerce de Paris), ce qui permettra aux élèves d’être diplômés d’un bac+3 en prothèse dentaire et d’un bac+3 en business management. Ce Bachelor sera consacré à la solution numérique dans laquelle on intégrera évidement la Form 2.

D’une façon générale, comment pensez-vous que l’impression 3D et la CFAO vont changer les protocoles des prothésistes et l’apprentissage de ce métier ?

Ça a déjà changé ; pour moi ce n’est pas l’avenir mais c’est maintenant et il ne faut pas louper le coche. Cela va offrir un flux de travail plus efficace, des laboratoires plus propres. On pourra fabriquer dans tous les matériaux et de la bonne manière. Être sur informatique permet de mieux voir les choses avec une précision extraordinaire. C’est une très bonne chose, mais il faut l’intégrer. C’est là je pense que sera la difficulté pour les laboratoires qui n’ont pas suivi ce virage numérique. Je crois qu’on est aujourd’hui obligés de passer par ce nouveau système, qui évolue très vite, et c’est dans cette optique que l’on essaie d’éduquer nos étudiants .